Pastiche de Brigitte Giraud, J’apprends

Mon prof de mathématiques traverse d’élève à élève pour rendre les examens, en marchant sur les rangs et les colonnes de tables. J’aime calculer combien élèves restent jusqu’à son arrivée à ma table. J’aime compter qu’il y a cinq colonnes et six rangs, donc il y a trente élèves au total, mais mon prof a déjà visité sept tables, donc il reste vingt trois tables. J’aime cette précision, cette exactitude numérique. Quand mon prof arrive à ma table, il dépose mes papiers. Je vois la note: D-, 6/10. Je tombe silencieuse. Je ne sais pas pourquoi, mais maintenant, les chiffres me raillent. J’apprends la douleur de l’échec.

C’est automne. Le feuillage des arbres dans mon quartier s’anime avec couleur. Il y a une mer rouge et dorée au jardin derrière de mon maison. Mes sœurs, mon frère, et moi utilisons un râteau pour ramasser les feuilles en tas sur la pelouse. On saute dans le tas, et les feuilles volent dans l’air et tombent lentement comme une pluie douce. Si on veut que les feuilles pleurent encore, on doit juste les ratisser.

Dans ma classe d’éducation physique, notre prof nous dit qu’on va passer la semaine apprendre à nager. Il dit qu’il faut réussir un examen de natation à la fin de la semaine. Aujourd’hui, je vais à la piscine de l’autre côte de l’école avec mes camarades de classe, en courant pour traverser la rue, mon sac avec mon maillot de bain et ma serviette en frappant mes jambes. Quand je plonge dans l’eau, elle se ride. L’eau de la piscine est froid et pénétrant comme une lame. Quand elle coupe sur mon visage, je me souviens rien. J’apprends à oublier.

Je prends le bus pour retourner chez moi chaque après-midi après l’école. Il fait froid maintenant. Un brouillard couvre les fenêtres du bus. Avec mon doigt, je dessine sur la condensation: les chiffres, les lettres, les formes. À travers mes dessins, je regarde passer les bâtiments de le quartier dehors.